Éditorial n° 03 du 31 août 2015

Libourne, exemple d'urbanisme à visage humain ?

Un reportage sur les fermes dites « verticales » m’a fait réfléchir sur ce fascinant rapport entre ville et campagne. J’entends souvent parler de grandes agglomérations « déshumanisées » et « insatiables », que l’on opposerait à des localités « saines », maîtresses de leur personnalité.

Certes, le « petit » urbanisme a ceci de particulier qu’il semble apaiser les relations inter-citoyennes, synthèse intéressante entre deux modes de vie prétendument antagonistes. Il réduit, d’une part, la promiscuité exacerbée (mais inévitable) des métropoles, mais désamorce également un « droit de regard » que les chauvins autochtones s’arrogent volontiers à l’égard de l’« Autre », cet étranger toujours perçu a priori comme une menace par la communauté cloisonnée, et retranscrit à merveille par Ilmar Raag à travers son film Kertu.

Mais, à y regarder de plus près, je ne perçois qu’une pâle différence de degré entre le rural et l’urbain. Combien de localités ont-elles vendu leur âme une fois que leur propre développement leur échappait ? Combien de clones parmi les géants urbanistiques se multiplient-ils dans le monde, en ne se différenciant plus désormais que par un bâtiment, un vestige touristique que l’on retient comme un nom de marque, mais qui sonne comme une coquille vide que l’on s’efforce de faire resplendir commercialement pour mieux voiler l’absence d’aura dans la culture locale ? Visiterait-on Pise sans sa torre branlante, Le Caire sans ses pyramides ridées, Tokyo sans son Senso-ji dont les deux millions de visiteurs annuels en feraient pâlir Bouddha ? Ces villes ont su conserver un visage, mais au prix de leurs traits ; poupées de cire.

Oserais-je en déduire que le tourisme dénature et affadit tout ce qu’il touche, comme si, paradoxalement, s’intéresser à autre que soi était la première étape d’une déconstruction mutuelle ? Les cultures sont-elles condamnées à ne survivre qu’en autarcie ?

La négative s’impose : la perversion survient lorsque la ville dépend du touriste, et non l’inverse. C’est à ce dernier de repenser ses choix en termes de lieux fréquentés, d’achats effectués, d’habitudes conservées, en somme du degré d’acculturation qu’il daignera atteindre sur le long terme.

Parole d’un Parisien-né au passé provincial.

 

Giuseppe

www.laplumedegiuseppe.weebly.com

 
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