Éditorial n° 02 du 8 août 2015

Le patrimoine, ce bien public sous garrot

Le patrimoine n'est pas la propriété. La propriété implique juridiquement le cumul de trois attributs latins : l'usus (ou droit d'utilisation du bien possédé), le fructus (ou droit d'en tirer profit, d'en récolter les fruits), et l'abusus (ou droit de transfert de la propriété, de transformation, voire de destruction du bien en question).

Or, le patrimoine n'est pas destiné à être « consommé », « dilapidé » « instrumentalisé », « abandonné », « transformé » ou « détruit ». En revanche, le patrimoine se conserve, se respecte, et, surtout, se lègue.

En effet, le patrimoine est avant tout un héritage et un reflet de l'histoire. Cette transmission permet à l'homme de se différencier de l'animal dans la mesure où il ne crée jamais ex nihilo, mais sur des fondations collectives qui lui échappent. Le patrimoine permet ainsi non seulement d'éloigner les erreurs du passé, mais aussi de mettre à disposition des outils tournés vers l'avenir.

De fait, nier son patrimoine, c'est se disjoindre de soi-même en bloquant d'emblée la compréhension d'une partie de sa propre identité. Inversement, le patrimoine ni ne nous définit, ni ne nous détermine : lui accorder trop d'importance revient à s'ancrer dans une époque statique, faussement sécurisante et en proie à l'immobilisme. Mais ne poussons pas le pessimisme sociologique aussi loin que Michel Crozier, et éloignons la tentation du réflexe réactionnaire observé dès la Grèce antique.

Pour autant, à l'ère du questionnement identitaire et de la remise en cause des acquis séculaires, le patrimoine est bel et bien en danger. De l'oubli à l'abandon, en passant par la marchandisation et la privatisation, la déresponsabilisation des autorités publiques conduit les citoyens à défendre eux-mêmes leur patrimoine local. Ils sont amenés à devenir des acteurs de premier plan face à l'uniformisation culturelle planétaire.

Libourne incarne à sa manière ce combat de David contre Goliath, mais dispose de tout le potentiel pour conserver sa personnalité. Si le rapport de force mérite d'être maintenu, n'engageons pas néanmoins une guerre de coqs en renforçant les rivalités locales : n'oublions pas que tous nos patrimoines participent, à leur échelle, du patrimoine de notre bon « Vieux continent », pour ne pas l'évoquer en tant que berceau du patrimoine terrestre, appelé à consolider la communauté humaine.

 

Giuseppe

www.laplumedegiuseppe.weebly.com

 
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