Éditorial n° 15 du 5 octobre 2016

L'école, ou la liberté en option

« De toutes les écoles que j'ai fréquentées, c'est l'école buissonnière qui m'a paru la meilleure » jurait déjà Anatole France. Il faut admettre que l'école publique française est devenue un concentré de tabous conservateurs hypercentralisés jusqu'à leur déconnexion avec toute réalité socio-éducative et, plus fascinant encore, semble être à équidistance du sacrement laïc, de l'obsolescence programmée et de la révolution mi-nulle, mi-permanente. Aussi adulée dans son concept qu'exécrée dans son modèle, elle est devenue l'idéal par défaut : un résidu de méritocratie pour les plus démunis, l'égalité des chances parmi les déveinards, l'école du sens édulcoré qui recueille les sans-deniers. Résolument résignée, elle concède la privation pour retarder la privatisation, pendant que ses concurrentes, peu ou prou complices de l'État, s'en frottent les mains – déjà jointes pour la plupart. À bas l'école de tous et pour tous, vive l'école libre du nouvel élitisme ! 1984 ne fut malheureusement pas qu'une année orwellienne...

Côté élèves, sauve-qui-peut face à une logique moins de moyens que de résultats : la compétition, notée quotidiennement, broie l'instinct d'apprentissage et parcellise un savoir homogène. Le formatage intellectuel s'affine au fur et à mesure que les « grands » auteurs s'imposent aux jeunes esprits. Les tranchées sont rabâchées : filières générales pour les esclaves les plus dociles destinés à des responsabilités croissantes ; filières technologiques ou professionnelles pour les autres, condamnation ultime du péché de fainéantise et d'orgueil. Pourtant, ni les uns n'aspirent à la frustration d'une adolescence « gâchée » par les études, ni les autres à un avenir « bradé » en raison d'un système inadapté à des méthodes, à des compétences et à des ambitions qui leur sont propres.

Heureusement, le développement des écoles alternatives, inspirées des innovations scandinaves, est une avancée majeure vers la prise en compte de l'individualité et des besoins de chacun. L'enrichissement mental doit-il passer par des objectifs programmatiques annuels, par un « pré-management » dont la vocation serait de « préparer » au Graal de la « vie », « active » qui plus est ? La coopération n'est-elle pas plus efficace que la comparaison, l'horizontalité davantage que la verticalité, le choix davantage que la contrainte ? Doit-on apprendre à être libre ou être libre d'apprendre ? Être éduqué ou s'être instruit ? Trouver sa place dans le monde revient d'abord à prendre du recul par rapport à celui-ci. Les enjeux systémiques sont tels que l'esprit critique doit s'affiner dès le plus jeune âge. Négligez l'amont, il vous le rendra en aval.

 

Giuseppe

www.laplumedegiuseppe.weebly.com

 
Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau