Éditorial n° 13 du 5 août 2016

Associations et dissociations de l'État

Malgré ses travers, la IIIe République aura bâti trois monuments législatifs révolutionnant durablement les fondements de l'État : là où elle a courageusement court-circuité son contre-pouvoir millénaire (loi du 9 décembre 1905), elle s'en est échafaudé un nouveau (loi du 21 mars 1884) et parvient curieusement jusqu'à se réconcilier avec la société civile (loi du 1er juillet 1901).

Qui l'eût cru ? Meilleur ennemi de la Nation, le principe même de l'association, d'abord haï par les révolutionnaires l'« associant » aux corporations de l'Ancien régime, est devenu à la fois sa continuité et son propre obstacle. L'avantage est triple : externaliser à moindre coût les missions d'intérêt général là où l'État a perdu pied, lubrifier les aspirations nationales en incitant au volontarisme citoyen et, in fine, perdre une ambidextrie maladroite pour mieux canaliser l'action publique. Contre un brin d'ego, refleurir de biais l'écosystème démocratique ; tout bonnement brillant.

Mais le tissu associatif, corps bien plus qu'« intermédiaire », est plus (é)tendu que jamais : d'un côté, il couvre désormais 1 300 000 entités, représente à lui seul 5 % de la masse salariale nationale, constitue un bénévolat en admirable expansion malgré la pérennité de la crise économique, et, de l'autre, il subit le désengagement inéluctable des pouvoirs publics dans un contexte de réduction budgétaire, de méfiance perpétuelle des institutions européennes à l'égard des subventions publiques, et de sélection inquiétante des associations bénéficiaires par certains courants politiques en exercice.

Or, le liant de la fraternité républicaine ne doit être ni bafoué, ni bradé : il revitalise les communes les plus esseulées, réactualise les enjeux politiques, et contribue à repositionner le citoyen au cœur de son existence en palliant, d'une part, les carences croissantes d'un État déviant vers un régalisme mou et, d'autre part, en limitant la surdité d'un système verticalisant à bout de souffle.

« L'homme ne peut rien faire en bien ou en mal qu'en s'associant. Il n'y a pas d'armure plus solide contre l'oppression, ni d'outils plus merveilleux pour les grandes œuvres », professait déjà P. Waldeck-Rousseau. Citoyens comme élus, l'heure est plus que jamais à l'engagement !

 

Giuseppe

www.laplumedegiuseppe.weebly.com

 
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