Éditorial n° 08 du 9 mars 2016

La France, entre orthographie et orthodoxie

« Cet ognon m’a couté tout mon portemonnaie. » : dès la rentrée prochaine, cette phrase sera tout à fait acceptable dans le cadre d’une dictée, et pourra même figurer dans les manuels scolaires. Tollé général, aussi immédiat qu’hâtif ; reprenons.
 
En dépit de son scandale amnésique, pour ne pas dire de circonstance, l’Académie française (ayant, rappelons-le, le monopole de sa compétence depuis Richelieu) avait elle-même approuvé ces rectifications orthographiques il y a un quart de siècle. L’annonce imprévisible de sa mise en application par l’exécutif ne pouvait cependant que désarçonner les promoteurs du statu quo.
 
De quoi s’agit-il ? Entre autres, favoriser la soudure au trait d’union (« extraterrestre »), décomplexifier les règles du pluriel des noms composés et de l’accord du participe passé (tant décriées !) et, seul point de crispation, ne maintenir l’accent circonflexe qu’en cas de nuance cruciale (« paraitre » sera donc possible, contrairement à « sur »).
 
En touchant à un tel fragment de l’identité nationale, une opposition viscérale était prévisible. Mais n’entendez-vous pas, en bruit de fond, les sempiternelles psychoses déclinistes ? « Le niveau baisse » : non, il se remodèle suivant l’époque et selon une logique schumpétérienne. Et si « laxisme » il y a, ce serait envers les Anciens dans la mesure où l’orthographe désormais obsolète sera toujours « tolérée » (sic !), tandis que la Belgique est déjà sortie de cette illisibilité depuis 1998. Enfin, était-ce vraiment « mieux avant » ? Ne parle-t-on pas de cette même génération, maugréant contre les complexités linguistiques lorsqu’elle y est confrontée, puis les regrettant subitement lorsqu’elle apprend que les générations suivantes en seront affranchies ?
 
Certes, l’annonce de N. Vallaud-Belkacem relève davantage du toilettage orthographique (seuls 3 % du dictionnaire sont concernés) que d’une nouvelle ordonnance de Villers-Cotterêts, mais le règne des étymologistes sur les phonétistes se fissure enfin. Il s’agit de rendre à la langue ses fonctions initiales : homogénéiser les pratiques afin de simplifier les échanges et, en somme, de rassembler les citoyens. Si la France revendique son universalisme, qu’elle commence par renforcer son statut de moteur de la francophonie. Son vocable n’a plus vocation à reléguer des classes, des origines ou des nationalités, mais bien à la faire murir, avec ou sans accent… aussi étranger soit-il !


Giuseppe

www.laplumedegiuseppe.weebly.com

 
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